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L'éthique médicale, soignante et hospitalière

L’Ethique est d’abord une réflexion, une démarche, un processus, qui met en œuvre le débat, la discussion, la controverse, ce que le philosophe Jürgen HABERMAS nomme « l’agir communicationnel ».

 

 

Ce n’est donc pas un impératif, une prescription, une obligation, ce que sont le droit et la morale, qui proposent des normes, des systèmes de règles. La différence entre morale et droit, c’est que les règles morales sont de l’ordre de celles qu’on s’impose, tandis que le droit est un ensemble de règles imposées par la société, pour permettre son fonctionnement, supposé harmonieux, et qui s’accompagnent, le plus souvent, d’un dispositif de sanctions. Aussi la morale est affaire individuelle (même si la même morale peut être partagée par des ensembles importants de personnes), tandis que le droit est affaire collective. Mais le droit est souvent le reflet de règles morales partagées par la majorité des membres d’une société.

 

Les règles de droit applicables dans une société donnée, à un moment donné, constituent le droit positif – écrit, ce qui implique une hiérarchie des normes juridiques ; ou non écrit, ce qu’on nomme les usages (qui sont nombreux dans le domaine des professions de santé, mais qui, de plus en plus, sont écrits et standardisés dans ce qu’on appelle « les bonnes pratiques »). Avant d’engager une démarche éthique, il importe de rechercher si, pour la situation particulière examinée, il existe des règles juridiques applicables. Car la démarche éthique ne s’impose qu’en l’absence de normes établies, ou en cas de conflits de normes.

 

Ce conflit de normes peut être un conflit de normes juridiques, opposant des intérêts légalement protégés (par exemple l’exigence de liberté et l’exigence de sécurité, ou encore l’autonomie et la protection de la personne). Mais ce peut être aussi un conflit entre des principes moraux ayant chacun leur légitimité. Ce conflit, dans lequel aucune solution évidente ne s’impose, est assimilable à une tragédie, qui est moins un drame qu’une sorte d’impuissance. Opposant des conceptions du bien ou du mieux, il doit aboutir à une solution, qui sera la meilleure et plus encore la moins mauvaise possible, à travers une délibération, qui est ce qu’Aristote nomme la phronesis, la prudence, qui n’est pas nécessairement un consensus, mais une décision tout bien pesé, analysé, et considéré. Cette phronesis est ce qui permet que la solution proposée soit vertueuse, donc participant à rendre la vie bonne pour les mortels, car chacun sait que la vertu chez Aristote est une fine pointe d’équilibre entre l’excès et le défaut d’une situation, ou d’une valeur (ainsi du courage, qui par excès serait témérité, et par défaut lâcheté).

  

Cette délibération éthique est affaire de savoirs et de connaissances (en quelque sorte de Lumières), qui doivent être partagées par ceux qui les possèdent, mais aussi de sagesse pratique (d’expériences), que tout un chacun possède. C’est pourquoi la délibération éthique n’est pas qu’affaire de spécialistes, et que, dans le débat éthique, toute parole est de même importance. Mais la proposition issue de la délibération éthique reste un avis, et n’est jamais une norme opposable. Elle peut éclairer la décision, mais laisse pleine et entière la responsabilité de qui doit la prendre, et ne se substitue pas à celle-ci.

 

 

 

Alain VERNET

Membre du Conseil d’Orientation de l’ERERC

(Espace de Réflexion Ethique de la Région Centre – Val de Loire)